Chemin de traverse, épisode 5: Quand la bulle éclate

salvat et dom
“Parfois on savait se soutenir l’un l’autre, parfois on était à deux doigts de se quitter…”  Les chemins de vie se croisent, s’entremêlent, et parfois se séparent. Dans cet épisode, je tente de creuser cet aspect à travers les récits d’un couple.

J’ai rencontré Dom et Salvat dans leur maison villageoise de la région de Nyon. Je suis chaleureusement accueillie sur leur terrasse bordée d’un parterre de fleurs. Quand je passe une soirée avec eux, on cocoone, on parle, on s’encourage, on rit. Ils planifient leur prochaine sortie au Paléo où Salvat prendra des photos. Ils se sont rencontrés il y a 24 ans dans le bureau d’architecture où ils travaillaient tous les deux. Le couple paraît solidaire, ancré, apaisé « Après tout ce que l’on a traversé», dit Dom.

Et leur chemin de vie professionnel ? Ils sont tous le deux sont tombés dans la marmite du dessin en bâtiment par hasard. Salvat : « A 16 ans, quand tu devais choisir une profession, tu allais voir une conseillère en orientation. A l’époque, tu savais que peu importe le métier que tu choisissais, on te prenait. Un jour j’ai pris un T, une équerre, et je me suis dit, je sais tirer un trait. Il me semblait que cela pouvait être prestigieux d’être dessinateur en bâtiment. ». Dom : « En 9e année, on m’a dit que je devrais faire quelque chose d’artistique. »

Début des années 90, la bulle immobilière éclate, ils se font licencier. Leur métier se digitalise et il faut passer de la planche à dessin à l’ordinateur, ou bien changer de profession. Salvat : « Un copain m’a dit qu’ils cherchaient un éducateur dans un centre de loisirs pour adolescents. J’y suis resté 6 ans. C’était sans effort, je m’y sentais comme un poisson dans l’eau! J’ai passé 13 ans dans l’archi, de belles années, mais je n’ai jamais regretté le changement ». Pour Dom, la réorientation nécessitera plus d’investissements et de volonté. « Je voulais faire graphiste à la base. J’ai démissionné, et me suis lancée dans une formation du soir pour me rapprocher de ce que j’aime ».

Aujourd’hui, Salvat a changé quelques fois de poste, mais continue à travailler dans le social, en tant qu’éducateur. Dom ne travaille plus dans le graphisme qu’à temps partiel. Pour elle, une réelle reconversion se termine, car elle est devenue massothérapeute. Je visite le mini salon qu’elle a emménagé dans les combles de leur immeuble. A voir tous ses diplômes affichés au mur, on comprend qu’elle a commencé sa reconversion il y a 10 ans. Elle a construit tout cela pierre par pierre. Dom : « Les transitions sont dures en terme de crédibilité. Tu étais senior, tu redeviens junior. ». Salvat a aussi dû faire preuve d’audace: « Parfois la vie nous fait des signes. Il faut oser passer la porte.»

Et leur couple dans tout cela ? « Le couple est comme un électrocardiogramme. Il y a eu des hauts et des bas.» ajoute Salvat.

Pour Dom le grand défi était d’entendre l’autre et de donner à ses requêtes la même importance qu’à ses propres doléances. « Il faut éviter de tomber dans des considérations comme “De toute façon il/elle dit toujours la même chose”, “Il/elle se plaint en permanence… Au contraire, il faut voir l’autre et l’entendre. ».

Comment trouver son bonheur professionnel tout en prenant soin de son couple, c’est une question qui mérite d’être creusée. Je me mets de ce pas en route à la recherche de nouveaux chemins de traverse pour continuer à y répondre.