Chemin de traverse, épisode 4: résilience et confiance

Magnifique collier épais argenté, petite veste en cuir cintrée, tailleur et escarpins à hauts talons, Denise entre dans le café son classeur fédéral sous le bras. Denise est solaire, elle déborde d’énergie, et de sympathie. Difficile de deviner son âge, plus encore de croire qu’elle est retraitée. Nous nous sommes rencontrées durant un cours de coaching. Quand Denise me coache, je me sens accueillie par un agréable mélange d’assurance, de douceur et complicité maternelle. Non, ce n’est pas la retraite qui va l’arrêter de se former et de transmettre son savoir! Aujourd’hui, j’ai la chance de l’écouter me raconter son histoire de vie et de profiter d’un petit bout de son expérience de directrice dans plusieurs établissements de formation continue pour adultes. Elle m’a soigneusement préparé tout cela dans son classeur.

« Il y a un fil rouge qui traverse ma vie, c’est la résilience, c’est-à-dire la capacité de toujours se relever.» Après sa naissance, sa maman subit un choc psychologique et ne peut plus la nourrir.  Les pédiatres n’arrivent pas à faire manger la petite Denise. Ultime essai, le lait d’ânesse la sauve. «C’est la première résilience de ma vie. J’ai fait un choix : je veux vivre ». Deuxième résilience à quatre ans, placée pour quelques jours dans un orphelinat à la suite du décès de sa grand-mère « On m’a mise dans la cave. Je ne mangeais plus. J’ai survécu en racontant des histoires à Bruno, mon nounours ».

Denise est devenue une enfant sage pour ne pas compliquer la vie de ses parents. Toujours bonne élève, elle rate un tournant important, par malchance. Un problème de santé lui fait manquer les examens pour rentrer au collège. Elle voulait être psy, elle le savait. « Je voulais soigner l’âme des gens ». Mais pas de matu (Bac) pour elle. Elle a quinze ans. On lui a dit qu’elle pouvait se présenter pour un apprentissage de banque.  C’est ainsi, par un concours de circonstances, que sa première carrière commence. Elle part seule à dix-huit ans au Tessin dans une succursale bancaire et, à force de volonté, gagne en assurance. « Ma force c’est d’aller vers l’autre, oser aller vers l’autre. Je sortais en larmes de la cabine téléphonique d’où je venais d’appeler mes parents en leur disant en riant que tout allait bien. ».

Elle retourne finalement dans sa ville natale, forte et heureuse de cette expérience, une maîtrise fédérale en poche, puis entre dans un bureau d’architecture, où elle rencontre son mari. Les enfants naissent, elle arrête de travailler pour s’occuper d’eux.

Quand on l’appelle huit ans plus tard pour lui proposer de s’occuper d’un cours pour la réinsertion professionnelle des femmes, elle répond : « Je n’en suis pas capable ». Le directeur réagit fermement : « J’en prends l’entière responsabilité », et elle accepte: « Je n’ai pas baissé les bras. Ma reconversion s’est faite au fur et à mesure des opportunités. Finalement, on m’a nommée doyenne à 36 ans. J’ai repris tous les outils de mes apprentissages, et j’ai replanté ça ailleurs. ». Elle continue à construire, des cours, des programmes de cours, pierre par pierre, à être fidèle à ses aspirations de toujours, la curiosité d’apprendre, l’envie d’aider. « Je me suis dit, si je veux être performante, j’ai besoin d’apprendre jusqu’au bout.  J’ai toujours voulu être au service de l’autre. Etre psy, je l’ai finalement fait tout au long de ma vie. C’étaient comme des briques qui se mettent en place, comme un puzzle. 

J’ai toujours eu confiance en la vie. J’ai une capacité à ne pas trouver les choses dramatiques. Il faut trouver ce qui te donne envie d’avancer, mettre de côté ce qui t’encombre, et ne pas te battre pour des choses inutiles. Ce qui te paraît horrible aujourd’hui, à un autre moment, tu verras que ce n’était qu’un détour. Les événements de vie te forcent à t’éveiller. Je n’ai pas été psy, mais j’ai eu une histoire de vie extraordinaire. »

sauleElle termine par: “Pourquoi ai-je choisi cette photo? Le saule est un arbre majestueux, proche de l’eau ou de la terre humide. Ses racines sont profondes, ses branches se dressent vers le ciel pour retomber par terre, comme un cycle de vie répété à chaque printemps avec une magnifique floraison de couleur jaune ou verdâtre. Il aime le soleil et la chaleur. Tout comme moi, il a beaucoup de résilience car il plie sous le poids des feuilles et du vent, mais ses branches ne se cassent jamais.”