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Les clés de la réussite

La réussite, le succès, qu’est-ce que cela signifie pour vous? Voici quatre témoignages qui vous inviteront à réfléchir à la question:

Article du Temps 21.10.16

Photo Valerie Bauwens

Photo Valerie Bauwens

Chemin de traverse, épisode 5: Quand la bulle éclate

salvat et dom
“Parfois on savait se soutenir l’un l’autre, parfois on était à deux doigts de se quitter…”  Les chemins de vie se croisent, s’entremêlent, et parfois se séparent. Dans cet épisode, je tente de creuser cet aspect à travers les récits d’un couple.

J’ai rencontré Dom et Salvat dans leur maison villageoise de la région de Nyon. Je suis chaleureusement accueillie sur leur terrasse bordée d’un parterre de fleurs. Quand je passe une soirée avec eux, on cocoone, on parle, on s’encourage, on rit. Ils planifient leur prochaine sortie au Paléo où Salvat prendra des photos. Ils se sont rencontrés il y a 24 ans dans le bureau d’architecture où ils travaillaient tous les deux. Le couple paraît solidaire, ancré, apaisé « Après tout ce que l’on a traversé», dit Dom.

Et leur chemin de vie professionnel ? Ils sont tous le deux sont tombés dans la marmite du dessin en bâtiment par hasard. Salvat : « A 16 ans, quand tu devais choisir une profession, tu allais voir une conseillère en orientation. A l’époque, tu savais que peu importe le métier que tu choisissais, on te prenait. Un jour j’ai pris un T, une équerre, et je me suis dit, je sais tirer un trait. Il me semblait que cela pouvait être prestigieux d’être dessinateur en bâtiment. ». Dom : « En 9e année, on m’a dit que je devrais faire quelque chose d’artistique. »

Début des années 90, la bulle immobilière éclate, ils se font licencier. Leur métier se digitalise et il faut passer de la planche à dessin à l’ordinateur, ou bien changer de profession. Salvat : « Un copain m’a dit qu’ils cherchaient un éducateur dans un centre de loisirs pour adolescents. J’y suis resté 6 ans. C’était sans effort, je m’y sentais comme un poisson dans l’eau! J’ai passé 13 ans dans l’archi, de belles années, mais je n’ai jamais regretté le changement ». Pour Dom, la réorientation nécessitera plus d’investissements et de volonté. « Je voulais faire graphiste à la base. J’ai démissionné, et me suis lancée dans une formation du soir pour me rapprocher de ce que j’aime ».

Aujourd’hui, Salvat a changé quelques fois de poste, mais continue à travailler dans le social, en tant qu’éducateur. Dom ne travaille plus dans le graphisme qu’à temps partiel. Pour elle, une réelle reconversion se termine, car elle est devenue massothérapeute. Je visite le mini salon qu’elle a emménagé dans les combles de leur immeuble. A voir tous ses diplômes affichés au mur, on comprend qu’elle a commencé sa reconversion il y a 10 ans. Elle a construit tout cela pierre par pierre. Dom : « Les transitions sont dures en terme de crédibilité. Tu étais senior, tu redeviens junior. ». Salvat a aussi dû faire preuve d’audace: « Parfois la vie nous fait des signes. Il faut oser passer la porte.»

Et leur couple dans tout cela ? « Le couple est comme un électrocardiogramme. Il y a eu des hauts et des bas.» ajoute Salvat.

Pour Dom le grand défi était d’entendre l’autre et de donner à ses requêtes la même importance qu’à ses propres doléances. « Il faut éviter de tomber dans des considérations comme “De toute façon il/elle dit toujours la même chose”, “Il/elle se plaint en permanence… Au contraire, il faut voir l’autre et l’entendre. ».

Comment trouver son bonheur professionnel tout en prenant soin de son couple, c’est une question qui mérite d’être creusée. Je me mets de ce pas en route à la recherche de nouveaux chemins de traverse pour continuer à y répondre.

Chemin de traverse, épisode 4: résilience et confiance

Magnifique collier épais argenté, petite veste en cuir cintrée, tailleur et escarpins à hauts talons, Denise entre dans le café son classeur fédéral sous le bras. Denise est solaire, elle déborde d’énergie, et de sympathie. Difficile de deviner son âge, plus encore de croire qu’elle est retraitée. Nous nous sommes rencontrées durant un cours de coaching. Quand Denise me coache, je me sens accueillie par un agréable mélange d’assurance, de douceur et complicité maternelle. Non, ce n’est pas la retraite qui va l’arrêter de se former et de transmettre son savoir! Aujourd’hui, j’ai la chance de l’écouter me raconter son histoire de vie et de profiter d’un petit bout de son expérience de directrice dans plusieurs établissements de formation continue pour adultes. Elle m’a soigneusement préparé tout cela dans son classeur.

« Il y a un fil rouge qui traverse ma vie, c’est la résilience, c’est-à-dire la capacité de toujours se relever.» Après sa naissance, sa maman subit un choc psychologique et ne peut plus la nourrir.  Les pédiatres n’arrivent pas à faire manger la petite Denise. Ultime essai, le lait d’ânesse la sauve. «C’est la première résilience de ma vie. J’ai fait un choix : je veux vivre ». Deuxième résilience à quatre ans, placée pour quelques jours dans un orphelinat à la suite du décès de sa grand-mère « On m’a mise dans la cave. Je ne mangeais plus. J’ai survécu en racontant des histoires à Bruno, mon nounours ».

Denise est devenue une enfant sage pour ne pas compliquer la vie de ses parents. Toujours bonne élève, elle rate un tournant important, par malchance. Un problème de santé lui fait manquer les examens pour rentrer au collège. Elle voulait être psy, elle le savait. « Je voulais soigner l’âme des gens ». Mais pas de matu (Bac) pour elle. Elle a quinze ans. On lui a dit qu’elle pouvait se présenter pour un apprentissage de banque.  C’est ainsi, par un concours de circonstances, que sa première carrière commence. Elle part seule à dix-huit ans au Tessin dans une succursale bancaire et, à force de volonté, gagne en assurance. « Ma force c’est d’aller vers l’autre, oser aller vers l’autre. Je sortais en larmes de la cabine téléphonique d’où je venais d’appeler mes parents en leur disant en riant que tout allait bien. ».

Elle retourne finalement dans sa ville natale, forte et heureuse de cette expérience, une maîtrise fédérale en poche, puis entre dans un bureau d’architecture, où elle rencontre son mari. Les enfants naissent, elle arrête de travailler pour s’occuper d’eux.

Quand on l’appelle huit ans plus tard pour lui proposer de s’occuper d’un cours pour la réinsertion professionnelle des femmes, elle répond : « Je n’en suis pas capable ». Le directeur réagit fermement : « J’en prends l’entière responsabilité », et elle accepte: « Je n’ai pas baissé les bras. Ma reconversion s’est faite au fur et à mesure des opportunités. Finalement, on m’a nommée doyenne à 36 ans. J’ai repris tous les outils de mes apprentissages, et j’ai replanté ça ailleurs. ». Elle continue à construire, des cours, des programmes de cours, pierre par pierre, à être fidèle à ses aspirations de toujours, la curiosité d’apprendre, l’envie d’aider. « Je me suis dit, si je veux être performante, j’ai besoin d’apprendre jusqu’au bout.  J’ai toujours voulu être au service de l’autre. Etre psy, je l’ai finalement fait tout au long de ma vie. C’étaient comme des briques qui se mettent en place, comme un puzzle. 

J’ai toujours eu confiance en la vie. J’ai une capacité à ne pas trouver les choses dramatiques. Il faut trouver ce qui te donne envie d’avancer, mettre de côté ce qui t’encombre, et ne pas te battre pour des choses inutiles. Ce qui te paraît horrible aujourd’hui, à un autre moment, tu verras que ce n’était qu’un détour. Les événements de vie te forcent à t’éveiller. Je n’ai pas été psy, mais j’ai eu une histoire de vie extraordinaire. »

sauleElle termine par: “Pourquoi ai-je choisi cette photo? Le saule est un arbre majestueux, proche de l’eau ou de la terre humide. Ses racines sont profondes, ses branches se dressent vers le ciel pour retomber par terre, comme un cycle de vie répété à chaque printemps avec une magnifique floraison de couleur jaune ou verdâtre. Il aime le soleil et la chaleur. Tout comme moi, il a beaucoup de résilience car il plie sous le poids des feuilles et du vent, mais ses branches ne se cassent jamais.”

Chemin de traverse, épisode 3: London, 19’871 km

« Je ne sais plus trop bien quelles sont les raisons qui m’ont poussé à partir en sabbatique. J’avais besoin d’une césure, j’avais besoin d’air. Je voulais apprendre l’espagnol…». Le chemin de traverse de Christian est à priori anodin: un simple congé sabbatique, un voyage autour du monde. Petit à petit, les questions ravivent les souvenirs et dévoilent un chemin courageux, une lame de fond sous-marine transformatrice.

« Je suis parti sans savoir quand je voulais revenir » me dit-il. Tout quitter et pour une durée indéterminée, cela demande du courage, de l’engagement. «Les gens ne comprenaient pas, ils me disaient : « T’as fait quoi ? Tu t’es fait foutre dehors ? » ». « Il fallait libérer tout avant de partir. Il me restait une partie de mes meubles dans un garde meuble et une assurance, c’est tout.».

Quand il se décide à partir en sabbatique, Christian a une belle carrière derrière lui. Il a un diplôme universitaire en sciences forensiques, un parcours dans notre « bonne vieille armée », et une solide expérience d’une dizaine d’années dans la police à divers postes à responsabilité.
Nzea285_smallMalgré la profondeur du changement personnel que ce voyage déclenchera, il se souvient être parti serein et revenu serein. Le voyage en lui même se déroule bien. Il débute en Asie, passe par l’Océanie pour terminer en Amérique du Sud. Il a compris au fil des kilomètres que son objectif était de lâcher prise avec son quotidien en Suisse mais pas avec lui-même. « Dans mes voyages futurs, je soignerai cette dimension d’ancrage, parce que ce voyage, c’était un peu une course folle ». Il en garde des moments forts comme des paysages à couper le souffle ou des rencontres magiques, une prise de conscience que notre culture est minoritaire par rapport aux autres. Il a également beaucoup réfléchi sur le concept d’être plutôt que d’avoir[1]. « La question n’est pas « Qu’est-ce que je peux faire », mais plutôt « Comment être moi-même ». Ou « Est-ce que je dois mettre plus de vie dans mes actions ou plus d’action dans ma vie » ».

Le retour du voyage est tout aussi transformateur que le voyage lui-même. « J’avais besoin de m’ancrer à nouveau en revenant. En partant, j’avais besoin de mouvement, en revenant de me repositionner.». Il lui a fallu encore 1 an pour à nouveau remettre le pied à l’étrier du monde du travail. « J’ai pris du temps pour moi. J’ai laissé du temps pour que les choses se fassent d’elles-mêmes. Je ne suis pas un pantin dont quelqu’un bidouille les fils. C’est moi qui bidouille ».

En partant, c’est comme s’il avait étalé sur la table ses cartes, et en revenant, il a pu faire ses choix. « Il y a des cartes que j’ai laissées, d’autres que j’ai reprises ». « La police ça faisait partie de moi en partant, mais aujourd’hui, j’ai la satisfaction de mon travail. J’ai trouvé dans mon environnement ce qui me motive ». Mise au point nécessaire à certains carrefours de vie. Mise au point aussi au niveau personnel par rapport à son lieu de vie, ses rapports avec sa famille, ses racines. Comme lui a dit un Chilien durant son voyage « Le lapin ne chasse jamais trop loin de sa montagne ». Il vit à nouveau près de sa montagne en Valais, avec sa femme qu’il a rencontrée à son retour de voyage, et ses 2 enfants.

Nous concluons notre rencontre en nous disant, « C’était un peu comme partir pour mieux se retrouver ou aller vers l’autre pour mieux savoir qui je suis ».


[1] Fromm, Erich (1978) « Avoir ou être »

Chemin de traverse, épisode 2: atterrissage imminent

atterrissage_caroValérie : « Serais tu d’accord de dessiner ta ligne de vie ? ». Caro sort une règle, trace une ligne droite et me dit « Voilà, une ligne qui a eu l’obligation de ne pas décevoir ». Eclat de rire complice. Caro a tout juste 40 ans. Elle vit avec son partenaire et ses deux enfants dans une charmante maison près de Lausanne. Une des raisons qui m’a amenée à l’interviewer, c’est que dans 6 mois, elle termine ses études de sage-femme. Un diplôme universitaire en langues, puis en gestion hôtelière en poche, une belle carrière derrière elle, cette ex plus jeune pilote de France (par passion) a décidé à 37 ans de retourner sur les bancs d’école. Voici l’histoire d’un vol de vie, destination « écouter ses rêves d’enfance ».

« Je me souviens qu’à 6 ans, on m’a demandé ce que je voulais faire plus tard, et j’ai dit « Je voudrais faire naître des bébés » ». Ce rêve l’a poursuivie jusqu’à l’adolescence « Je voulais être gynécologue-obstétricien » quand soudain, arrêt sec. Verdict de la conseillère en orientation : « Les sciences ce n’est pas pour vous. Faites plutôt les langues, la gestion ».

Caro : « J’ai choisi l’alternative la moins pire. J’ai fait confiance. Je me suis inscrite à la fac en langues étrangères ».

Toutes les facettes de sa personnalité et ses valeurs sont bien là à 20 ans, comme des graines prêtes à germer. On sent déjà un besoin de contact avec les gens, d’éthique, la curiosité, un côté entrepreneur (serait-ce une autre manière de donner la vie, mais cette fois à des entreprises ?) et un intérêt pour le monde médical et scientifique. Chaque période de sa vie lui permettra de faire grandir l’une ou l’autre de ces graines. Elle finira ses études à l’école hôtelière de Lausanne, deviendra assistante dans un laboratoire de recherche au CHUV, continuera sa carrière dans une start-up spécialisée dans le biomédical

A 37 ans, son parcours est une belle réussite. « J’ai été au bout de tout, je n’ai rien raté » me dit-elle. Toutes ses « graines de personnalités » ont germé, l’entrepreneuse, la scientifique, l’organisatrice, etc. Une seule n’a pas encore pu éclore… Une rencontre fortuite avec un ami la lui rappelle, « Cet ami, c’est l’homme qui change ma vie chaque fois que je le croise. Il m’a branché sur Randy Pausch ». Randy Pausch était un professeur à Carnegie Mellon. Atteint d’un cancer dont il savait l’issue fatale, cet homme a donné un dernier cours à l’université dont le message principal était « Réalisez vraiment vos rêves d’enfance » (« Really achieving your chilhood dreams »[1]). Autre déclencheur. Un ami de ses parents décède dans un accident d’avion. Caro n’attend plus. Elle rédige sa liste de rêves d’enfance. « La vie, elle passe et c’est trop con de la laisser passer comme ça. Mais moi mon rêve c’est de devenir sage-femme ». Faire le pas n’était pas une mince affaire « J’avais passé 35 ans, un certain confort, j’avais un réseau etc., et j’allais renoncer à tout ça. Je risquais de mettre toute ma famille dans un équilibre instable. Certaines personnes m’ont même fait comprendre que c’était un caprice de petite fille. Dès que j’ai eu le soutien de mon conjoint, je me suis décidée. Je me suis dit que même si je suis refusée, j’aurais au moins essayé.»

Et la voici quatre ans plus tard, sur le point de décrocher son diplôme de sage-femme, et en phase avec elle-même. L’ex-pilote d’avion me dit « Il y a peu de risques dans la vie. On peut toujours se rattraper. Il vaut mieux se lancer que de se lamenter. C’est comme si j’avais fait un focus dans ma vie. C’est vraiment l’atterrissage. ».

 


[1] You Tube, Audio CD « Randy Pausch Last Lecture: Achieving Your Childhood Dreams »

Chemins de traverse, épisode 1: de beaux ingrédients pour la soupe

Nicole_for-webConnaissez-vous la recette de la soupe de la vie ? Nicole est une quarantenaire aux grands yeux bleus, débordante d’enthousiasme. Elle a partagé avec moi les « beaux ingrédients » qu’elle a mis dans sa soupe de vie. On sent qu’elle a roulé sa bosse, et qu’elle s’est déjà posée de nombreuses questions sur ses valeurs, ses buts et ambitions. Son parcours de vie professionnelle en témoigne. Depuis 2 mois, cette Lausannoise vit au Burkina auprès de sa famille d’adoption. Voici la recette d’une soupe de vie professionnelle particulièrement savoureuse contée par Nicole.

Elle a commencé sa carrière comme assistante en relations publiques dans une agence de com. «Tous les matins je passais devant l’uni et je me disais : « J’aurais bien envie d’étudier, pour apprendre et faire l’expérience de la vie universitaire». A 23 ans, avec une situation professionnelle stable, elle s’est donc lancée dans des études en sciences sociales. Elle a vendu sa voiture, s’est mise en colocation, a demandé une bourse. « Cette histoire de lâcher, d’aller vers ce qui me porte, ne pas suivre un plan de carrière, je réalise que je l’ai déjà fait… j’avais presque oublié ».

Après ses études, elle part pour son premier voyage au Burkina. “J’en suis revenue toute tourneboulée. D’un côté, j’adorais travailler dans le marketing, la communication, les études de marché. D’un autre côté,  je rêvais de retourner au Burkina. Un ancien collègue m’a proposé de travailler comme product manager chez Nestlé. Et… j’y ai été… J’y ai travaillé pendant 2 ans et demi car cela correspondait à une part de moi”.

J’ai le sentiment d’être partie seule au Burkina et revenue à deux. J’y ai trouvé l’autre part de moi. Je suis revenue complétée. J’ai mis des années à gérer cette dualité… Il y a une Nicole tellement suisse, qui aime le marketing, le “propre en ordre”, l’organisation nickel, la vie à occidentale. Et puis, il y a l’autre. Elle s’appelle Alimata, la Nicole d’Afrique. C’est le nom qu’on m’a donné là-bas. Pendant des années, j’ai été déchirée entre ces deux bouts de moi. J’ai toujours cru que ça passerait. Je me trouvais un peu midinette à me laisser tourner la tête et le coeur comme ça par le premier ailleurs venu. Je me disais que c’était ma crise de jeune adulte. Mais ça fait 14 ans, et ça n’a pas passé.»

Cette « double-vie » avec l’Afrique l’a profondément changée.

« Ma vie est d’une richesse incroyable avec ça. J’étais plus suisse que suisse, carrée, exacte qui doit tout comprendre. L’Afrique m’a appris le lâcher prise, laisser vivre, l’art de la débrouille, le «ça va se passer autrement que prévu, et c’est pas grave », « je ne comprends pas tout, et c’est pas grave ». Ils ne baissent pas les bras làbas. J’aime beaucoup leur esprit d’entreprise. Ils ont tout le temps des idées. Ils se sont plantés 150 fois, mais ils recommencent. »

 Elle est retournée en Afrique pour un projet de formation, elle est revenue en Suisse pour des raisons personnelles et là, à nouveau, invitation de la vie.

« Je reçois des invitations magiques… J’ai trouvé un poste dans la gestion de la santé en entreprise. Il y avait de la vente, du business, du contact avec les entreprises et aussi cette question de la santé, qui me passionne depuis toujours. Je voulais être médecin ou n’importe quoi avec une blouse blanche. Mon chemin de vie n’a pas permis que cela se réalise. Un jour ma mère a vu ma nouvelle carte de visite et elle m’a dit : « Mais tu vois, la boucle est bouclée, regarde ton intitulé de poste, tu travailles dans la santé ». J’étais revenue à ça. J’ai mis ça aussi dans la soupe. Je pense que si j’avais été médecin, j’aurais été frustrée. Je pense qu’aujourd’hui mon travail (conseillère en insertion) me correspond mieux. J’ai le contact humain, j’accompagne des gens dans leurs projets. »

 Cette soupe aux beaux ingrédients comme métaphore de nos chemins de vie nous interpelle.

«  Ce qui est important, c’est de voir les ingrédients, les reconnaître, les saisir au fur et à mesure du chemin. Ils le nourrissent. Ce sont de beaux ingrédients pour un projet de vie privé et professionnel. Parfois, il faut aussi savoir mettre ces ingrédients au frigo pour un moment. Des fois, c’est pas le bon moment. Cette métaphore me va très bien, moi qui suis hyper gourmande. »

 Et pour pouvoir reconnaître ces ingrédients, il faut pouvoir écouter son cœur.

« J’ai un parcours peu linéaire. Il y a plusieurs moments où j’ai arrêté de travailler pour faire autre chose qui me tenait à cœur… étudier ou voyager. Comme me disait une amie tessinoise: « Va dove ti porta il cuore ». Cette phrase m’a accompagné ces derniers mois. J’ai envie d’écrire et, quand je serai en Afrique, j’aimerais bien faire un blog pour raconter un peu ce que je vis et partager mes petites histoires. Je vais l’appeler « Mi porta il cuore », parce que je veux affirmer que c’est comme cela que je vis et que je veux vivre. »

 Après ce travail dans le monde de la santé, elle parvient encore une fois à prendre tous ses « ingrédients de vie » et à les combiner de manière inédite.

« Après la santé au travail, nouveau virage, vers la relation d’aide, à laquelle j’aspirais fortement. Je me suis inscrite sur Job Up et une heure plus tard, je reçois une offre pour un emploi en tant que conseillère en insertion. Je ne savais même pas que je voulais faire ça mais ça m’allait comme un gant. Bon, moi je crois très fort que ce qui est juste se passe. J’ai été engagée pour accompagner des personnes atteintes dans leur santé vers un nouveau projet professionnel. Mais je n’avais jamais mené d’entretien de face à face, ce n’était pas mon métier. Je suis vite arrivée à mes limites. Alors, encore une couche sur le gâteau, je me suis formée en approche centrée sur la personne dans la relation d’aide. »

Durant tout ce temps, elle est retournée au Burkina pratiquement chaque année, pour quelques semaines, en vacances, mais finalement, voici comment le déclic s’est fait pour oser se lancer vers cette nouvelle aventure africaine.

Premier élément, la prise de conscience de la fragilité de la vie

«Ces dernières années, il y a eu des décès de gens de mon âge autour de moi. Je travaille aussi au quotidien avec des gens qui ont eu des lésions cérébrales, pour lesquels la vie a basculé du jour au lendemain. La vie est là, mais elle peut tourner, ça je le sais. Mais quand-même, je ne trouvais pas comment vivre là-bas en Afrique d’une manière qui respecte mes valeurs. »

Il manquait un deuxième élément pour avoir le déclic : un poste potentiel – finalement non obtenu – qui l’a motivée à se créer sa propre opportunité.

« Je suis tombée sur une annonce pour un poste à Ouaga. Le poste c’était moi ! J’ai proposé mon dossier, j’ai été sélectionnée jusqu’aux deux derniers dossiers et puis, je n’ai pas eu le poste. Après je me suis dit : « C’est pas grave, je le fais quand même ». Pendant 3 mois, je m’étais projetée pour aller là-bas. Je m’étais posé la question «Est-ce que je suis prête à aller vivre au Burkina ? est-ce que c’est vraiment ça que je veux ? », et chaque fois, la réponse était « Oui ». Alors peu importe, j’avais pas de job, mais m’en trouverai un. La vie peut tourner tellement vite, je ne veux pas attendre.

Pendant 14 ans, je me suis dit, c’est pas le bon moment, mais ce n’est jamais le bon moment, tout cuit comme ça, tombé du ciel. C’est à moi de le créer. Alors j’ai donné l’impulsion : démissionné d’un job qui me comblait pourtant, sous-loué mon appartement, acheté mon billet d’avion, dit au revoir à ceux que j’aime.  C’était pas toujours facile… mais je sentais que c’était juste.»

Ses plans, faire confiance en la vie

« Je vais chercher un job sur place. Je vais vivre de mes quelques économies au début. J’ai des idées, mais de toute façon, ce sera sûrement autre chose qui se présentera que ce à quoi j’ai pensé. J’ai fait l’exercice du worst case. J’ai un passeport suisse, je suis donc citoyenne d’un pays en paix, où on a une bonne sécurité sociale et où j’ai des chances de retrouver du travail avec mon bagage professionnel. Je suis riche de tout ça et de bien plus encore, je peux partir. Aujourd’hui, j’ai plus confiance que peur. »

 Quelques dernières nouvelles en direct de Ouaga

« Dans la vie, il y a des jours sans… Samedi passé était un jour sans pour moi.

Départ en ville : panne d’essence. Rdv à la banque : argent volatilisé de mon compte. Spectacle de danse à 20h30 : ma copine annule à 19h30.

Dans la vie, il y a des anges gardiens aussi : une pompiste qui vient à ma rencontre sourire au lèvres pour m’aider à pousser ma moto; un gardien qui me fait rire pour sécher mes larmes et qui m’aide à relativiser; mes frères qui s’organisent à la dernière minute pour que je puisse quand même assister au spectacle.

Peut-être que ça sert à ça les jours sans : se rappeler qu’on n’est pas seuls pour les affronter.

MERCI à mes anges gardiens 🙂 »