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A la recherche du bonheur, 4e piste: prendre conscience des raisons qui animent nos choix

Vous rentrez en pleine forme de vacances et avez pris un peu de distance par rapport votre quotidien? Ce serait le moment idéal de vous pencher sur les obstacles que vous rencontrez tous les jours dans votre quête du bonheur.

Le consumérisme

“On nous fait croire, que le bonheur c’est d’avoir, de l’avoir plein nos armoires”, chante Alain Souchon (Foule sentimentale). Le refrain n’est pas nouveau. Mais avons-nous progressé? Nous sommes toujours en permanence confrontés à des publicités nous faisant miroiter que l’achat de tel produit de luxe ou qu’une semaine de vacances dans un endroit paradisiaque nous rendrait plus heureux. Depuis la petite enfance notre cerveau apprend à renforcer ce lien entre bonheur et possession d’objets. Que faisaient nos parents quand ils voulaient nous faire plaisir? Ils nous offraient un cadeau. N’est-ce pas un conditionnement à chercher son bonheur dans la possession.

Vividus bedOr, Laurent Gounelle, auteur du livre Le jour où j’ai appris à vivre, indique que plus nous courons après nos désirs, moins nous sommes satisfaits. Nous nous épuisons à maximiser nos revenus pour pouvoir nous offrir les objets ou expériences sensées nous apporter le bonheur.

La TED talk suivante illustre également bien le fait que consommer des articles de luxe n’apporte parfois rien au bien être. Le journaliste Benjamin Wallace a testé quelques produits exceptionnels comme par exemple ce lit de $64,950 et s’est posé la question s’ils amélioraient véritablement le bien-être.

La solution n’est pas simple. Mirko Locatelli, militant de la décroissance, nous indique une piste de réponse à méditer: “Se poser les questions: “De quoi ai-je besoin? Qu’est-ce qui est assez?” (voir post précédent).

Always on

(c) Photo Valérie Bauwens

(c) Photo Valérie Bauwens

Pour beaucoup d’entre nous sommes les moments de calme sont rares. Nous sommes bombardés de mails, de tweets, de news; chaque seconde est utilisée pour essayer de suivre ou répondre à tous ces influx.

Des études ethnographiques menées par Valérie pour Swisscom indiquaient qu’être always on n’était pas un poids. Les utilisateurs estimaient que la technologie leur facilitait la vie. Elle leur donnait le choix de se connecter où ils voulaient, quand cela leur convenait. Sa pratique de coach de vie professionnelle a néanmoins amené une nuance à la réponse. Comme pour la question du consumérisme, il s’agit d’avoir conscience de nos choix. La technologie peut nous empêcher de vivre dans le moment présent et d’être conscient de ce que nous faisons ou ressentons – comme nous l’avons évoqué dans les chapitres précédents. C’est encore à nous de réfléchir à quand dire stop, quand être atteignable.

Le carcan de nos convictions

Dans son livre Changer d’altitude Bertrand Piccard évoque le fait que nos croyances, préjugés, habitudes, notre besoin de sécurité sont des carcans. Ils nous alourdissent. En lâchant ce lest, nous nous libérons, prenons de l’altitude et sommes capables d’envisager de nous comporter à l’inverse de ce que nous avons toujours fait. Laurent Gounelle (Le jour où j’ai appris à vivre) nous donne un exemple très amusant, mais à méditer. Un de ses amis demanda à sa femme pourquoi elle coupait toujours l’extrémité de la dinde de Thanksgiving avant de la mettre au four. Sa réponse : «Car c’est ainsi que cela se fait. J’ai toujours vu ma mère faire ainsi». Insatisfait de la réponse, il lui demanda de poser la question à sa mère, qui répondit de la même façon. Entêté, il lui fit appeler sa grand-mère pour lui poser la même question. La réponse : “J’ai toujours fait ainsi. Mon four était trop petit pour mettre la dinde en entier.”

La tyrannie du choix

choisirJamais dans l’histoire de l’humanité nous n’avons eu autant de choix dans tous les domaines de la vie, du choix du muesli du matin, au choix de son genre, en passant par le choix de son partenaire, de sa profession, de sa prochaine destination de vacances, etc. Ces possibilités presque illimitées nous donnent une impression factice de liberté totale. Or des études ont montré que la capacité de décision est une ressource finie, que de prendre quantités de petites décisions tous les jours nous empêche de prendre de bonnes décisions sur des questions importantes. Ce fait est aggravé pour les perfectionnistes qui cherchent à maximiser le résultat de leur décision et se demandant si une autre option aurait été meilleure. Or, selon Barry Schwartz (The tyranny of Choice, Scientific American, décembre 2004 – http://www.biopsychiatry.com/happiness/choice.html), regretter les opportunités auxquelles nous avons renoncé peut diminuer le bien-être découlant de notre choix. De plus, le fait d’avoir le choix nous rend totalement responsables d’éventuelles mauvaises décisions, ce qui peut aussi impacter négativement notre bonheur.

Assurance Sympany

 

 

La publicité de l’assurance Sympany illustre de manière humoristique la problématique

 

 

Claire témoigne:

“J’ai du travailler chacun de ces points. La première prise de conscience que j’ai eue était liée à la tyrannie du choix. J’ai été longtemps perfectionniste. Quand je partais en vacances, je planifiais tout de A à Z. Je vous confirme que mes escapades dans les capitales d’Europe sont bien plus agréables depuis que je m’assois dans le premier restaurant dont la carte me plaît au lieu de passer des heures à comparer pour essayer de choisir le meilleur. Il y a un deuxième grand changement que nous avons osé avec mon partenaire. Nous avons diminué notre temps de travail à 60%. Nous sommes tous les deux cadres et travaillons dans la finance. Il y a cette règle non écrite qui prévaut dans notre métier et selon laquelle il est impossible d’avoir un poste intéressant et des responsabilités en travaillant à 60%. Pourtant, certes après des années, nous y sommes arrivés à la grande surprise de nos collègues envieux.”

A vous de jouer:

Cette semaine, nous ne vous proposons pas un simple exercice, mais une introspection. Les réflexions ci-dessus vous ont-elles interpellé. Avez-vous une croyance qui vous fait particulièrement souffrir, qui vous limite, vous enferme? Avez-vous “une recette familiale” au sens large du terme que vous appliquez depuis toujours sans véritablement la comprendre? Pensez aux objets de vos rêves que vous avez finalement acquis. Vous ont-ils apporté un bien-être supplémentaire durable? Quand décidez-vous de déconnecter votre téléphone portable?

Repérez dans votre quotidien pour chacune des catégories ci-dessus les éléments qui nuisent à votre bonheur et faites-en une liste. Choisissez dans cette liste un élément auquel vous pourriez renoncer ou changer pour alléger votre vie. Prenez-en conscience, essayez de vous en distancer et de ne pas vous laisser entraîner de façon inconsciente. Nous nous réjouissons particulièrement de vos réflexions et expériences à ce sujet !

Bien à vous

Valérie et Claire

NB pour ceux qui lisent pour la première fois cette newsletter/ce type de post:
j’ai débuté il y a un an d’ici une série d’articles que j’ai, à l’époque, appelés “chemins de traverses” et que vous retrouverez sur la page suivante Ma R&D
L’objectif de cette nouvelle série d’articles reste la même: creuser un thème à travers des témoignages que je récolte. C’est l’ethnographe au service de la coach.

Mirko Locatelli: “Je ne veux pas perdre ma vie à la gagner”

“Mais où va-t-on?”. Michèle Durand-Vallade interviewe cet été pour la RTS plusieurs personnalités qui réfléchissent au thème de la décroissance. Cette émission m’a interpellée à divers niveaux. Pour commencer, j’ai été surprise par le fait que la RTS consacre une émission entière à ce sujet. Deuxièmement, j’ai été impressionnée par la variété et la qualité des intervenants, pour ne citer que Pierre Rabhi.

L’idée de décroissance est à prendre au sérieux. Elle n’intéresse pas que quelques excentriques. Mon interprétation est qu’il ne s’agit pas de consommer moins tout azimut. Consommer de manière plus consciente est ce qui importe. Mirko Locatelli suggère: “Se poser les questions: “De quoi ai-je besoin? Qu’est-ce qui est assez?”. Par exemple, je ne vais pas arrêter d’utiliser mon portable, mais plutôt réfléchir au nombre d’heures que je veux passer à travailler. A chacun de trouver son chemin.

Voici en tous cas une interview qui pourrait vous faire réfléchir.

 

Mirko Locatelli, militant de la décroissance: “Je ne veux pas perdre ma vie à la gagner”

 

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Tessinois, trentenaire, vivant dans le canton de Fribourg, Mirko Locatelli est un détracteur pur et dur du modèle consumériste et productiviste occidental.

Son combat pour la décroissance, ce jeune père au foyer s’efforce de le mener en cohérence avec ses actes, tout en refusant de passer pour un donneur de leçon.

S’il vit sans voiture, sans téléphone portable, sans télévision et sans prend jamais lʹavion, il se garde toutefois bien de croire que les petits gestes suffiront pour changer de cap: ce n’est qu’en dépassant une approche individualisante que l’on pourra construire une société soutenable et souhaitable.

Idéaliste, Mirko Locatelli lʹest à nʹen point douter. Il fait ainsi partie des membres fondateurs du Réseau objection de croissance (ROC) qui a essaimé dans plusieurs cantons suisses depuis plusieurs années.

En décembre 2012, il sʹest lancé avec trois autres militants dans la rédaction dʹun bimestriel, “Moins!”, qui compte près de 1’000 abonnés en Suisse romande. Le journal aspire à promouvoir et diffuser les idées de la décroissance, loin des clichés (le retour aux cavernes) et des amalgames (la récession, la question démographique) qui accompagnent trop souvent ce concept.